Les bénéfices à participer à un projet européen 

#6 contribuer à la transition énergétique

Les financements européens n’ont pas leur pareil au plan national, tant par le montant de l’aide que par le niveau de risque et d’ambition qu’ils peuvent prendre en compte. Que vous soyez chercheur ou entrepreneur, s’impliquer dans des projets européens, c’est travailler avec les leaders d’un secteur, avoir une longueur d’avance par rapport à l’état de l’art et aux concurrents sur les innovations à venir ou encore gagner du temps de prospection pour accéder à de nouveaux marchés. Cependant, les bénéfices et impacts des projets européens sont bien souvent méconnus et le chemin (pour les obtenir), largement appréhendé.

Cette série de témoignages (épisode 1, ép. 2, ép. 3, ép. 4, ép.5) fera la lumière sur quelques projets financés par le programme Horizon 2020. Les porteurs (chercheurs, entrepreneurs, centres de R&D, clusters, etc.) partagent avec vous leurs retours d’expérience. Le but ? Vous permettre de vous projeter grâce à des exemples concrets et pourquoi pas, vous ouvrir aux opportunités européennes ?

Anne Leriche LMCPA

Alain Bouscayrol, professeur et coordinateur du projet H2020 PANDA, responsable de l’équipe commande au sein de l’unité de recherche L2EP de l’Université de Lille, partage bonnes pratiques et impacts de ce projet européen.

Le projet

Nom : PANDA (Powerful Advanced N-level Digital Architecture for models of electrified vehicles and their components)

Type : Projet collaboratif de recherche et d’innovation

Appel à projets : H2020-LC-GV-2018: “Virtual product development and production of all types of electrified vehicles and components”

Partenaire régional : Laboratoire d’électrotechnique et d’électronique de puissance de Lille (L2EP), Université de Lille

Durée : 2018 – 2021

Subventions reçues par les partenaires en HDF : 3,5 M€

L’appel à propositions H2020-LC-GV-2018: “Virtual product development and production of all types of electrified vehicles and components” lancé par la Commission européenne appartient au défi de société « Transports intelligents, verts et intégrés » dont l’objectif est de parvenir à un système de transport européen économe en ressources, respectueux du climat et de l’environnement, sûr et continu au bénéfice de l’ensemble des citoyens, de l’économie et de la société.

Le projet

Contexte et enjeux

Afin de limiter le réchauffement climatique à 2°C pour 2030 et de réduire de 60 % les émissions de CO2 du secteur des transports (objectifs de l’Union Européenne), il faudrait multiplier par 100 le nombre de véhicules alternatifs (véhicules électriques à batterie, hybride rechargeable ou à pile à combustible) sur les routes, c’est-à-dire passer de 1 million de véhicules en 2016 à 100 millions en 2030. Or, aujourd’hui, les constructeurs automobiles estiment à 4 à 5 ans le temps nécessaire pour développer un véhicule électrique innovant (plus grande autonomie, temps de charge plus courts, confort amélioré, etc.). Ce temps de développement relativement long est dû en partie au fait qu’aujourd’hui, les outils de simulation utilisés (indispensables à cette phase de développement) sont faiblement interconnectés entre eux et ne sont pas assez performants. Il y a donc un besoin important d’unifier ces modèles numériques pour réduire ce temps de développement et atteindre les objectifs de développement durable.

Pour relever ces défis, le projet PANDA (Powerful Advanced N-level Digital Architecture for models of electrified vehicles and theirs components) a donc pour objectif de développer une organisation innovante de modèle numérique pour les composants de véhicules électriques grâce à la création d’un « cloud » (espace virtuel) de partage efficace et intégré, simplifiant la simulation et le test des nouveaux concepts de véhicules électriques. Dans cette perspective, les partenaires du projet ont notamment utilisé et complété un logiciel industriel (simcenter AMESIM© de Siemens Software).

Les objectifs

  • Une réduction du temps de développement et de mise sur le marché de 20%, grâce à des modèles modulaires et flexibles et une augmentation de la fiabilité par la réutilisation des modèles
  • Faciliter le développement et les tests de nouveaux composants/sous-systèmes grâce à une plus grande flexibilité des modèles connectés. Les résultats du projet conduiront à des emplois de haut niveau dans les entreprises européennes
  • Le développement d’une méthode d’interconnexion ouverte pour l’organisation des modèles en fonction des normes
  • Le développement d’installations virtuelles et de tests pour l’intégration des composants dans les futurs véhicules électrifiés.

« La naissance du projet PANDA : un apprentissage par l’expérience »

Le projet PANDA ne s’est pas fait en un jour ! Il est le résultat de plusieurs tentatives infructueuses (CROCODILE en 2015 puis ELEPHANT en 2017) mais très formatrices, qui ont permis de maturer le montage de projet et de répondre parfaitement à l’appel à projets de la Commission européenne. Ces expériences passées ont pu apprendre à Alain Bouscayrol le rôle primordial de coordinateur ainsi que l’importance d’un consortium solidement monté. Écoutez le témoignage du Professeur Alain Bouscayrol lors du webinaire « Persévérer dans les projets européens – comment optimiser vos chances de succès ? » (à partir de 27mn).

Les bénéfices du projet européen

Un rayonnement et une dynamique européenne pour l’unité de recherche

Le projet PANDA a permis, dans un premier temps, de mobiliser une équipe internationale d’experts sur un projet novateur et, dans un second temps, de participer au rayonnement de l’unité de recherche du L2EP en étendant largement son réseau. La diffusion de nombreux travaux de recherches (notamment le formalisme EMR « Energetic Macroscopic Representation » déjà bien connu sur le plan international), de nouvelles perspectives de recherche et une visibilité internationale accrue ont boosté la reconnaissance de l’unité de recherche à l’échelle mondiale. Et cette dynamique ne s’arrête pas là avec par exemple la candidature à d’autres appels à projets facilitée par cette expérience (un premier projet Marie Curie ITN a été déposé en 2020 mais n’a pas été retenu malgré un score excellent de 93,5/100, un autre projet Marie Curie IF a été déposé depuis).

Le réseau autour de ce projet est constitué d’une part des partenaires du projet PANDA et d’autre part, d’autres consortium Européens sur des problématiques similaires : Alain Bouscayrol participe à un réseau de projets financés sous le même appel à projets, regroupant l’ensemble des autres partenaires européens de ces projets complémentaires et qui poursuivent le même objectif*. Par ailleurs, l’interdisciplinarité requise dans le cadre d’un tel projet – d’abord vécue comme une contrainte par Alain Bouscayrol – lui apparaît aujourd’hui comme réellement enrichissante.

Tout cela permet finalement d’affiner la stratégie de l’équipe Commande dont Alain Bouscayrol est responsable, et par émulation, celle de l’unité de recherche L2EP dans son ensemble.

*Conférence européenne H2020RTR sur les résultats de recherche en transport routier organisée par EGVI (European Green Vehicles Initiative).

« Ce type de projets d’envergure européenne permet un rayonnement international. Il est plus facile d’avoir un impact sur le domaine des constructions de véhicules électrifiés via ce réseau européen plutôt que de le faire localement en France. »

Alain Bouscayrol

De nouvelles forces vives

« Un des emplois devrait être pérennisé et nous espérons que les deux autres le soient également ! Amandine  Lepoutre (affiliée ingénieure projet européen) m’aide tous les jours à la coordination de ce projet. Son travail de grande qualité démontre l’intérêt d’avoir ce « nouveau » type de Ressource Humaine au sein de l’Université et peut-être, de faire avancer les mentalités ! »

Alain Bouscayrol

Par ailleurs, les financements ont rendu possible la création de trois emplois au sein du L2EP tels que : un ingénieur d’étude (IE), un ingénieur de projet européen (IPE) permettant la coordination administrative du projet et un post-doctorant. Un des emplois devrait être pérennisé après le projet.

La participation à la lutte contre le réchauffement climatique

« Ce qui est très gratifiant et motivant est de faire partie de quelque chose de plus grand que le projet en lui-même : nous pouvons dire qu’à notre échelle, nous contribuons à la transition énergétique et à la baisse des émissions de gaz à effet de serre par l’accélération du processus de fabrication de véhicules électriques. D’autant plus que nous travaillons en “open access” : l’objectif est donc de mettre en place des outils qui pourront être utilisés par le plus d’industriels possible ! »

Alain Bouscayrol

Les facteurs de succès du projet PANDA

Un accompagnement solide

Ce projet a été monté avec le soutien de plusieurs structures telles que :

  • L’Université de Lille : la direction de la valorisation de la recherche ainsi que le Service Transversal Expertise et Montage de Projets (STEMP)
  • Deux cabinets de consultants financés d’une part grâce au dispositif régional FRAPPE (Fonds régional d’aide aux porteurs de projets européens) (cabinet AYMING) et d’autre part par l’outil MRSEI de l’ANR (Montage de Réseaux Scientifiques Européens ou Internationaux)* (cabinet Uniresearch aux Pays-Bas, également partenaire du projet PANDA)
  • Le Pôle MEDEE (Maîtrise Energétique des Entraînements Électriques)
  • Les Point de Contact Nationaux (PCN) transport et juridique.

Ces différents acteurs ont apporté leur appui et partagé leur expérience tout au long du montage du projet (analyse de l’appel à propositions, aide à la préparation et à la rédaction de la candidature, relecture, etc.). Leurs compétences et leurs expertises complémentaires ont véritablement permis de consolider le projet.

 *MRSEI a également permis de financer des déplacements et de faire des réunions du consortium à Lille. Cela a permis de créer des liens et d’être beaucoup plus fédérateur.

« Dans le fond, quand on a compris la mécanique, ce n’est pas si compliqué. Le grand défi c’est qu’il ne faut rien oublier et fournir beaucoup de travail en très peu de temps. Beaucoup de points sont très logiques, mais le coordinateur doit penser à tout et donc ces diverses structures d’accompagnement sont indispensables au succès ! »

Alain Bouscayrol

Un consortium fort et qui se construit dans le temps

La majeure partie des partenaires de PANDA se connaissaient déjà de par les expériences passées (ELEPHANT et CROCODILE) ce qui a facilité grandement les choses. Alain Bouscayrol a connu  l’Universitatea Tehnica Cluj-Napoca (partenaire PANDA) par le biais d’un autre projet européen : le projet européen TWIN « ESPESA » (2015-2018)

En partant de ce « noyau » de partenaires, pour garantir le succès de  PANDA, il est apparu nécessaire d’associer davantage de partenaires industriels et notamment des PMEs. Cela n’a pas été aisé car les partenaires industriels sont très sollicités. Il convient de les convaincre et de les sécuriser !

Un positionnement très affiné

La Commission européenne ne finance pas deux fois le même projet. Avant le montage du projet, il est donc nécessaire de prendre connaissance des projets européens déjà financés sous le même appel à projets afin d’affiner son positionnement et d’éviter les redondances. Par ailleurs, la contextualisation politique et stratégique européenne du projet est indispensable : s’imprégner des documents stratégiques européens (roadmaps, position papers d’associations et plateformes européennes, etc.) est un pré-requis ! Les journées d’informations européennes sont une grande source d’informations et elles permettent d’échanger avec d’autres coordinateurs du même appel. 

Un coordinateur expérimenté et disponible

Le facteur de succès, c’est aussi définir une ligne directrice par consensus et s’entourer d’un coordinateur expérimenté, capable de prendre le leadership auprès des partenaires, d’instaurer un climat de confiance afin de permettre un avancement efficace du projet. Alain Bouscayrol a été expert évaluateur de projets dans le cadre du 7ème programme de recherche et d’innovation (le FP7, prédécesseur de H2020), ce qui a été une expérience fondamentale et formatrice, sans compter les dépôts précédents des projets CROCODILE en tant que partenaire et ELEPHANT en tant que coordinateur.

Il est important pour le coordinateur de se concentrer uniquement sur le montage du projet pendant plusieurs mois sans cumuler d’autres activités professionnelles et de considérer tous les aspects de l’appel, même les plus secondaires. De plus, faire des réunions hebdomadaires est un atout nécessaire à la cohésion des équipes ainsi qu’avoir l’appui d’une expertise reconnue pour motiver les partenaires et coordonner le consortium.

Et pour l’avenir ?

« De notre côté, il est clair que si ces outils-là passent dans l’industrie, nos étudiants auront beaucoup d’opportunités et cela commence déjà à être le cas et à terme nous serons sollicités pour faire des formations. Nous réfléchissons déjà à faire des formations en adéquation avec ce que nous sommes en train de développer. C’est une plus-value indirecte chez nous. »

Alain Bouscayrol

Travaillant en “open access”, l’objectif n’est pas de breveter mais de mettre en place des outils qui pourront être utilisés par le plus d’industriels et de chercheurs possible. Les possibilités futures de PANDA sont donc très ouvertes ! A ce stade, une collectivité et des entreprises du territoire ont contacté Alain Bouscayrol et elles pourraient ainsi bénéficier indirectement des retombées du projet.

L’une des pistes futures pourrait être également d’aller vers la standardisation de ce qui a été développé avec des TRL plus élevés, en mutualisant les résultats des autres projets financés via le même appel à projets (pour plus d’impact économique).

En savoir plus

Contacter Alain Bouscayrol – alain.bouscayrol@univ-lille.fr

Plus d’infos sur le projet : https://project-panda.eu/

Vous souhaitez monter ou participer à un projet européen et vous faire accompagner : europe@hautsdefrance-id.fr

Si vous souhaitez vous lancer dans un projet européen du programme Horizon Europe, inscrivez-vous à nos webinars pratiques (de décembre 2020 à mars 2021).

Ce témoignage est le résultat d’un travail mené entre l’Université de Lille, l’unité de recherche L2EP, la Région Hauts-de-France, HDFID et le master MEA.

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