Re-SoorceCO

La valorisation de nos ressources agricoles perdues

[Les pépites incubées en Région Hauts-de-France]

Durant la période d’incubation, le projet Re-SoorceCO a pu bénéficier de l’aide du Fonds Régional d’Incubation (FRI). À la suite de son passage en juin 2022, le comité de sélection lui a octroyé un montant de 14 525 € afin de protéger son innovation. Pour mieux vous présenter le projet et les avancées significatives, nous avons rencontré Sandrine Bruzzone et Cyrielle Bruzzone fondatrices de ce projet.

En quelques mots, pouvez-vous vous présenter ?

Nous sommes 2 sœurs associées. Sandrine a travaillé 8 ans dans le marketing digital et Cyrielle 8 ans dans la gestion de projet.

Très sensibles aux enjeux environnementaux, l’envie d’aller plus loin et de s’engager dans une démarche de changement positif pour la planète, pour nous, pour vous … mûrit depuis plusieurs années.

Notre volonté : penser l’écologie comme un projet global avec un impact positif pour chacun.

(Crédits photo : Amiens Cluster)

Comment avez-vous eu cette idée ?

Tout simplement en discutant avec des coopératives et des agriculteurs de notre entourage. Nous avons pris conscience de la quantité très importante des pertes agricoles de fruits et légumes au stade de la production. Cela est principalement dû à leur dépendance aux aléas climatiques, de la périssabilité et des normes de commercialisation des produits. Même si ces matières brutes ne collent pas aux exigences de la filière agroalimentaire, elles ont tout de même nécessité du travail, des ressources et des investissements… Alors pourquoi tout ceci devrait finir à la poubelle ? C’est le point de départ de l’aventure ResoorceCO : valoriser ces ressources auprès des agriculteurs en leur apportant une juste rémunération.

En parallèle, l’enjeu écologique en France, et un peu partout dans le monde, devient incontournable. Des réglementations de plus en plus strictes viennent structurer les marchés les plus émetteurs de GES et booster l’innovation vers des solutions plus vertes. La filière biosourcée est de plus en plus sollicitée pour permettre de répondre aux enjeux et aux réglementations environnementales. Cela nous a donc paru évident : d’un côté nous avons ces milliers de tonnes de fruits et légumes qui ne sont que très peu voir pas valorisées et de l’autre la filière biosourcée en plein développement et en recherche d’alternatives pour remplacer le pétrosouré.

Notre mission est là : valoriser ces pertes agricoles à travers leur utilisation dans d’autres secteurs pour proposer des matières et produits biosourcés en alternative au pétro-sourcé.

Quel est votre projet, la mission…comment ça marche ?

ReSoorcCO est donc une chaîne de valeur biosourcée qui récupère, recherche et évalue des alternatives économiques pour les pertes agricoles locales. La valorisation s’effectue en cascade sur des marchés porteurs et sous la forme d’économie circulaire axée sur le « 0 déchets » et la durabilité.

Notre coeur de métier : c’est la R&D ! C’est le point de départ à partir duquel s’articule et se structure toute notre chaîne de valorisation.

Voici nos étapes clés de fonctionnement :

  • Nous identifions localement des matières brutes non valorisées
  • Nous caractérisons la matière première pour connaître ses propriétés et caractéristiques
  • Nous identifions les opportunités de marché permettant une valorisation à plus forte valeur ajoutée
  • Nous valorisons la matière première en cascade et sur différents marchés porteurs adéquats afin d’atteindre le « 0 déchets »

Nous avons commencé l’aventure depuis plus d’un an en partenariat avec un groupement de producteurs de pommes de terre. ResoorceCO s’est donc organisé en premier lieu autour de cette matière agricole mais le projet possède une ambition bien plus ample afin de s’intéresser à tout type de biomasse végétale non valorisée.

Pourquoi changer de nom en cours de route ?

L’initiative est née avec le nom ChipsValue. ChipsValue était initialement un projet orienté vers la valorisation des pommes de terre industrielles (à destination des usines de chips). Notre mission était donc de valoriser les pommes de terre chipables (Chips-Value).

Notre projet s’est rapidement entouré d’un écosystème fort qui nous a permis de développer nos ambitions, et d’imaginer un fonctionnement de chaîne de valorisation en économie circulaire.

Nous avions donc besoin d’un nom qui reflétait à la fois notre mission (la valorisation de la biomasse végétale perdue), notre coeur de métier (la R&D et la production de produits biosourcés), nos valeurs (local, éthique, durable), notre potentiel de développement et notre écosystème. Ce n’était pas simple et cela nous a pris du temps mais nous sommes aujourd’hui ravies de cette opportunité pour dévoiler au grand public notre nouvelle identité avec « ReSoorceCO » !

Pourquoi ReSoorce.co ?

Plusieurs explications s’imposent pour comprendre le sens évident et caché de ce nom.

« ReSoorce » – Ressource tout d’abord.

  • Parce que nous existons d’abord grâce aux coproduits, une ressource de la terre.
  • Nous sommes aussi une ressource financière pour les agriculteurs à qui nous proposons enfin une juste rémunération pour leurs excédents de production.
  • Nous sommes également une ressource locale avec un vrai ancrage territorial, une vraie volonté de créer un modèle économique responsable et vertueux et une création d’emplois pérenne.
  • Nous sommes enfin, de part la fabrication de produits/composantes biosourcés, une ressource alternative (en terme environnemental et sanitaire) pour l’homme et pour la planète !

Nous sommes une ressource ! Mais nous sommes aussi bien plus que ça…2 autres composantes devaient entrer dans ce nom pour bien signifier le concept que nous créons un peu plus chaque jour.

Nous sommes le projet et la future société du « RE » : Nous cupérons | Nous Revalorisons | Nous inventons | Nous Restituons

Nous réinventons des rebuts agricoles perdus et non valorisés en ressources locales et durables pour se substituer à des matières/matériaux polluants. Pour marquer cette composante de la Réinvention nous avons donc réinventer le terme « ressource » en « resoorce » !

Enfin nous sommes un projet collaboratif co-dépendant et interagissant par de nombreux flux avec un écosystème fort, durable et grandissant dans lequel nous souhaitons inclure tous les acteurs qui désirent contribuer de manière vertueuse à ce nouveau schéma de fonctionnement économique, environnemental et social (d’où le « .co »).

Pouvez-vous nous présenter vos différentes missions ?

Tout notre projet se base sur notre ambition de soutenir économiquement nos agriculteurs locaux. L’objectif est de rémunérer à un juste prix des ressources agricoles écartées de leur circuit initial. C’est d’abord pour ce motif que nous recherchons les marchés à plus forte marge ! Nous nous positionnons sur des valeurs fortes et cohérentes avec nos activités :

  • Local : Récupérer et réutiliser des matières locales non valorisées. Le fonctionnement en circuit-court garantit un approvisionnement et des prix, deux composantes mises à mal avec la situation sanitaire et géopolitique actuelle. Cela permet aussi d’améliorer la transparence des informations et la traçabilité des matières premières.
  • Santé : Les produits biosourcés améliorent principalement la qualité de l’air intérieur
  • Soutien aux agriculteurs locaux : en rémunérant leur matière brute non valorisées autrement (pou trop peu)
  • Environnemental : l’objectif est ici de substituer du biosourcé au pétro-sourcé, dont les conséquences désastreuses pour la planète et pour l’homme ne sont plus à démontrer

Il est aujourd’hui indispensable de prendre conscience que la solution cohérente pour répondre à ces dimensions écologiques, économiques, sociales et sanitaires n’est pas de produire plus pour créer des alternatives mais d’optimiser les productions existantes en réutilisant les produits écartés, et permettre en même temps une rémunération pour le travail effectué : un système vertueux et positif pour tout le monde.

Vous avez été aussi accompagnée par Amiens Cluster, pouvez-vous nous en dire plus ?

Oui tout à fait, nous venons de terminer notre première année d’incubation à Amiens Cluster. Nous avons choisi cet incubateur principalement pour sa position. En effet, au lancement du projet, il était important pour nous, de par notre démarche locale, de tout concentrer près de notre fournisseur partenaire de matières brutes, situé à proximité. Nous avons ensuite validé notre choix en fonction de l’accompagnement entreprenariat/management et le mentorat proposés par le cluster. Nous avons très vite élargi notre écosystème pour diversifier notre réseau de contacts et s’orienter vers les chaînes de valeur et les marchés sur lesquels nous nous positionnons.

C’est pour cette raison que nous nous impliquons beaucoup dans d’autres organisations comme EuraMaterials, via notre interlocuteur Frédéric Merle qui nous a beaucoup apporté, le CD2e qui nous fournit des données et informations marché de grande valeur et qui nous propulsera le moment venu, et d’autres partenariats clés comme avec le CODEM BatLab, via Boubker Laidoudi et Guillaume Delannoy, ou comme avec l’ingénieure Marion Roullet via sa structure L’Atelier CIRCULR. Nous nous sommes également dernièrement beaucoup rapprochées d’HDFID et de la Région Hauts-de-France qui suivent le projet de près.

Nous bénéficions également depuis fin 2021 du FIDESS. Nous remercions Picardie Active qui nous a fait confiance et qui, comme pour le FRI, nous a permis d’en être là aujourd’hui.

Comment avez-vous eu connaissance du Fonds Régional d’Incubation ?

Qu’est-ce que le FRI va vous apporter ?

Nous connaissons le FRI depuis nos premières recherches pour intégrer un incubateur. Pôle d’innovation, Amiens Cluster nous apportait aussi cette opportunité de prétendre à ce fonds. Le FRI arrive, pour ReSoorceCO, à un moment charnière, ce qui le rend essentiel pour son développement. Nous avons travaillé et travaillons actuellement en R&D sur différents marchés : emballages, peintures, éco-matériaux, molécules d’intérêt… Nos principaux produits appartiennent au monde de l’habitat, et plus précisément la décoration intérieure et la construction. Nous aurons d’ici peu notre premier produit fini à destination de la déco d’intérieur (nous ne pouvons pas pour l’instant en dévoiler plus car nous sommes en cours de dépôt de brevet).

Pour atteindre notre objectif de valorisation en cascade et de « 0 déchets » il nous est indispensable de valoriser les autres parties restantes de notre matière agricole n’entrant pas dans la fabrication de ce premier produit. Cela fait plusieurs mois que nous avons d’ores et déjà identifié un nouveau marché porteur qui serait à même de les récupérer pour les transformer en produits biosourcés… Le FRI nous a offert cette grande opportunité qui est de financer nos études de faisabilité afin d’y parvenir.

Au niveau des dernières actualités de notre start-up, nous pouvons dire que notre premier produit biosourcée à base de pomme de terre est en cours de formulation : une peinture végétale non toxique qui permettra de préserver vos intérieurs, votre santé, et la planète …. tout en soutenant l’agriculture locale. Nous espérons pouvoir vous la présenter d’ici début 2023. Grâce aux financements du FRI, nous lançons également une deuxième phase de R&D pour valoriser les épluchures de pomme de terre afin de fabriquer des composants biosourcé à destination du bâtiments (éco-matériaux). Il est important d’avoir toujours en tête que la ressource la moins polluante est celle qu’on n’extrait pas mais qu’on réutilise de manière vertueuse jusqu’à atteindre un cycle de vie global avec un bilan carbone neutre voire positif !

Et les prochaines étapes ? Quels sont vos besoins ?

Une fois que les produits/matières biosourcées sont validés et la matière brute valorisée dans son ensemble nous allons travailler d’arrache-pied pour bien structurer deux grandes thématiques :

  • Développer un outil industriel éco-responsable afin de minimiser l’utilisation de ressources non renouvelables et/ou polluantes. Pour ce faire nous allons optimiser nos ressources énergétiques en intégrant un système d’autoconsommation collective et en réutilisant les énergies en place et en réintégrant dans nos process les eaux usées chez nos fournisseurs.
  • Développer et consolider notre écosystème en termes économique, commercial, partenarial, social, environnemental…

Nous remercions Sandrine Bruzzone et Cyrielle Bruzzone pour ce témoignage et nous souhaitons une belle continuation à ResoorceCO. 

Le Fonds Régional d’Incubation (FRI) est constitué intégralement par la Région Hauts-de-France et mutualisé au bénéfice de l’ensemble des projets incubés dans les Parcs d’Innovation. Ce fonds est géré par HDFID.

”Un exemple de la valorisation de nos industries agroalimentaires”

Jean-Denis-Blanc-amiens-cluster[JDB]Le projet CHIP VALUE, maintenant intitulé Re-SoorceCo, est un exemple saisissant de la valorisation et de la revalorisation de nos industries agroalimentaires régionales. Au-delà de la pertinence éthique et écologique de la démarche, ces initiatives deviennent économiquement nécessaires et décisives pour la résilience et l’autonomie de nos territoires.

Jean-Denis Blanc, Manager de l’incubateur | Amiens Cluster

 

”Un projet qui fait du bien à la planète !”

[TV]Grâce au FRI, de nombreuses start-ups peuvent voir le jour en région Hauts-de-France. C’est une aide incroyable pour booster l’innovation d’un projet en incubation. C’est souvent la porte d’entrée vers la concrétisation des projets des porteurs. J’ai pu avoir la chance de rencontrer Sandrine et Cyrielle de Re-SoorceCo (anciennement Chip Value) grâce à mon collègue Frédéric SOUDAIN (chargé de projets HDFID sur la Métrople Européenne de Lille) afin de mieux les informer sur le Fonds Régional d’Incubation. Quelques mois après, grâce à l’incubateur Amiens Cluster, le projet a pu passer avec succès au comité FRI. C’est un projet qui fait du bien à la planète !

Théo Valot, Chargé de missions FRI Service Accompagnement des Entreprises | HDFID

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