Pourquoi l'IA est aujourd'hui une thématique stratégique pour les territoires ?
L’intelligence artificielle s’impose désormais comme un enjeu majeur de transformation pour les entreprises, les collectivités territoriales et l’ensemble des acteurs publics.
Longtemps perçue comme une technologie réservée à certains secteurs spécialisés, elle s’invite aujourd’hui dans de nombreux usages du quotidien : gestion administrative, mobilité, énergie, aménagement du territoire, ressources humaines ou encore observation territoriale.
Cette accélération se confirme dans les chiffres. Selon l’étude Elabe « Les Français et l’intelligence artificielle », 65 % des Français utilisent déjà des outils d’IA et 42 % y ont recours chaque semaine.
Les usages sont particulièrement répandus chez les 18-34 ans (87 %), les cadres (86 %) et les habitants des grandes métropoles (71 %). Dans le même temps, 68 % des Français considèrent que la maîtrise de l’IA constituera une compétence essentielle dans la société de demain.
Pour les collectivités, l’enjeu est considérable. Plus de huit Français sur dix estiment que l’IA peut contribuer à améliorer les services publics, notamment en simplifiant les démarches administratives, en réduisant les délais de traitement ou encore en facilitant l’accès aux services dans les territoires les plus éloignés.
Les Hauts-de-France disposent de nombreux atouts pour prendre part à cette transformation : une électricité largement décarbonée, des infrastructures numériques performantes, un réseau de fibre bien déployé, des centres de recherche reconnus et un écosystème d’entreprises innovantes particulièrement dynamique.
Comme l’a rappelé Franck Seels en ouverture de la rencontre, la région bénéficie aujourd’hui des conditions nécessaires pour devenir un territoire de référence sur ces sujets.
C’est dans ce contexte que notre agence a souhaité réunir experts, collectivités, entreprises et structures d’accompagnement afin d’identifier les opportunités, les risques et les conditions de réussite d’une adoption maîtrisée de l’intelligence artificielle au service du développement territorial.
« C'est une question de survie que de s'intéresser à l'IA. Si nous prenons cette dynamique ensemble, c'est pour être les meilleurs et prendre un temps d'avance. »
Valérie Six
Conseillère régionale déléguée à l'innovation
Les experts réunis pour décrypter les enjeux de l'IA territoriale
Pour nourrir les échanges, HDFID avait réuni des représentants des collectivités, de la recherche, de l’observation territoriale, de l’accompagnement à la transformation numérique ainsi que des entrepreneurs spécialisés dans l’intelligence artificielle.
Valérie Six, conseillère régionale déléguée à l’innovation à la Région Hauts-de-France, a ouvert la rencontre en présentant les ambitions régionales en matière d’intelligence artificielle, de souveraineté numérique et d’attractivité des infrastructures de données.
Virginie Gamblin, cheffe de projet PIVER à l’INSEE Hauts-de-France, et Stéphane Humbert, responsable du service Observation et Prospective de l’Agence Hauts-de-France 2040, ont dressé un état des lieux des usages de l’IA dans les territoires et rappelé le rôle essentiel de la donnée dans la compréhension et l’anticipation des évolutions territoriales.
Julien Coisne, responsable R&D secteur public au CITC-EuraRFID et représentant de l’EDIH GreenPowerIT, et Eloy Lafaye, chef de pôle Numérique public à la Métropole du Grand Paris et membre de l’EDIH Cybiah, ont présenté les dispositifs d’accompagnement permettant aux collectivités et aux acteurs publics d’expérimenter et de déployer des solutions d’intelligence artificielle.
Deux startups régionales ont également partagé leur retour d’expérience. Quentin Guillemin, fondateur de Quentech, a présenté Skillsay, une solution permettant de structurer et valoriser les connaissances internes des organisations grâce à l’IA. Timtéo Prévost, cofondateur de MeetHarry, a illustré les usages de l’intelligence artificielle dans le recrutement à travers un agent conversationnel capable d’automatiser certaines étapes de présélection des candidats.
La table ronde prospective consacrée aux collectivités de demain a réuni Jean-François Vereecke, directeur délégué de l’AGUR Flandre-Dunkerque, Damien Perisse, Senior Policy Analyst au sein de l’EFIS Centre à Bruxelles, ainsi que plusieurs intervenants déjà présents au cours de la matinée. Ensemble, ils ont exploré les opportunités, les risques et les conditions de réussite d’une intégration responsable de l’IA dans les politiques publiques à l’horizon 2030.
Enfin, Jean-Christophe Godest, directeur Data et Systèmes d’information de HDFID, a conclu les échanges en rappelant que la qualité, la gouvernance et la mutualisation de la donnée constituent le socle indispensable au développement d’une intelligence artificielle performante et souveraine.
Les débats ont été animés par Franck Seels, directeur Réseaux et Animation territoriale de HDFID, avec la modération d’Annabelle Sion-Henry, responsable de pôle au sein de l’agence.
Chiffres clés à retenir
Quelques données illustrent l’ampleur de la transformation en cours :
• 65 % des Français utilisent aujourd’hui des outils d’intelligence artificielle ;
• 16 % les utilisent quotidiennement ;
• 71 % des habitants des grandes métropoles y ont recours, contre 47 % en milieu rural ;
• 68 % des Français considèrent que la maîtrise de l’IA sera une compétence centrale dans la société de demain ;
• 83 % estiment que l’IA peut améliorer la qualité des services publics.
Au-delà des chiffres nationaux, les territoires s’organisent. Le dispositif européen EDIH GreenPowerIT a notamment constaté une forte accélération des demandes d’accompagnement depuis 2025.
L’appel à manifestation d’intérêt « IA et territoires », lancé fin 2024, a ainsi permis le dépôt de 53 dossiers et la mobilisation de plusieurs dizaines de millions d’euros pour soutenir des projets innovants.
Les principaux enseignements de la table ronde
Au fil des échanges, les intervenants ont partagé un constat commun : l’intelligence artificielle n’est plus une technologie du futur. Elle est déjà présente dans les organisations publiques et privées, mais son déploiement reste encore très hétérogène.
Premier enseignement : il n’existe pas d’IA performante sans données de qualité. Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de structurer, qualifier et gouverner les données avant même d’envisager un projet d’intelligence artificielle. Comme l’a résumé Julien Coisne : « Data, data, data, c’est le socle sur lequel de nombreux projets pourront être lancés ».
Deuxième enseignement : l’IA ne constitue pas une réponse automatique à tous les problèmes. Stéphane Humbert a rappelé qu’il existe parfois une « tentation de l’IA » et qu’il est essentiel de partir du besoin avant de rechercher une solution technologique. L’expérimentation permet justement de vérifier si l’intelligence artificielle apporte une réelle valeur ajoutée.
Troisième enseignement : la réussite passera par la coopération. Les intervenants ont souligné l’importance de mutualiser les moyens, les compétences et les données afin d’accélérer les projets tout en limitant les coûts et les risques. Une approche particulièrement adaptée à la culture de coopération qui caractérise l’écosystème régional.
Enfin, la question de la souveraineté numérique s’est imposée comme un sujet central. Dans un contexte géopolitique mouvant et face à la dépendance croissante envers certaines plateformes internationales, collectivités et entreprises souhaitent disposer de solutions plus transparentes, sécurisées et maîtrisées.
Ce qu’il faut retenir :
• La donnée constitue le socle indispensable de toute stratégie IA ;
• Les projets les plus performants partent d’un besoin clairement identifié ;
• La coopération et la mutualisation seront des leviers majeurs de réussite.
« Ce n'est pas un leadership dont nous avons besoin mais d'un collectif qui sait collaborer. »
Stéphane Humbert, Agence Hauts-de-France 2040
Conclusion : quelles perspectives pour demain ?
Cette table ronde a mis en lumière une conviction largement partagée : l’intelligence artificielle représente une opportunité majeure pour améliorer les politiques publiques, renforcer l’efficacité des organisations et développer de nouveaux services au bénéfice des citoyens. Mais cette transformation ne pourra réussir qu’à certaines conditions : disposer de données fiables, former les utilisateurs, garantir la souveraineté des outils et maintenir l’humain au cœur des décisions.
Les échanges ont également montré que les Hauts-de-France disposent de nombreux atouts pour relever ce défi. Infrastructures numériques, recherche, réseaux d’accompagnement, entreprises innovantes et culture de la coopération constituent autant de leviers pour accélérer l’adoption de l’IA à l’échelle régionale.
Les prochaines années devront permettre de poursuivre l’acculturation des acteurs publics et privés, de renforcer les collaborations avec le monde de la recherche, d’accompagner l’évolution des métiers et de développer des usages responsables, utiles et créateurs de valeur.
À l’horizon 2030, les intervenants ont esquissé une vision commune : celle d’un territoire capable d’utiliser l’intelligence artificielle avec discernement, de partager ses expériences, de mettre ses initiatives en réseau et de préserver la place essentielle de l’humain dans l’action publique.