Pouvez-vous nous présenter Shooldy et nous expliquer à quel besoin répond votre innovation ?
Shooldy est le premier coussin ergonomique d’épaule développé en Europe.
Cette innovation est incubée par Eurasénior et Vivalley au sein d’Eurasanté dans les Hauts-de-France. Le projet est né de la rencontre entre Philippe, kinésithérapeute spécialisé dans l’épaule, Johannes, chirurgien orthopédiste, et moi-même, entrepreneur.
Notre ambition est simple : améliorer le confort et le sommeil des personnes souffrant de douleurs à l’épaule. En France, près de 17 % de la population souffre de l’épaule plus de 30 jours par an. Lorsque ces douleurs persistent au-delà de trois mois, plus de 80 % des personnes concernées développent des troubles du sommeil. Cela entraîne un cercle vicieux où la douleur, la fatigue et l’impact sur la santé mentale s’alimentent mutuellement.
Face au manque de solutions réellement adaptées, Shooldy favorise un meilleur positionnement de l’épaule pendant le sommeil. Grâce à sa conception ergonomique, il s’adapte à la morphologie et aux habitudes de sommeil de chacun afin de soulager les tensions articulaires et musculaires.
Shooldy est né de 25 années d’écoute des patients et de 10 ans de recherche et développement. Comment cette expertise de terrain a-t-elle conduit à la création de ce coussin ergonomique innovant dédié à l’épaule ?
Philippe est spécialisé exclusivement dans la rééducation de l’épaule depuis l’an 2000. Au fil des années, il a accompagné plusieurs milliers de patients et identifié un constat récurrent : au-delà de la douleur elle-même, c’est la dégradation du sommeil qui affecte le plus leur qualité de vie.
Il a observé que de nombreux patients développaient spontanément des astuces pour soulager leur épaule durant la nuit et limiter les tensions provoquées par la position allongée, souvent responsable d’une aggravation des douleurs. Shooldy est né de cette observation. Il constitue en quelque sorte la synthèse des solutions imaginées par les patients eux-mêmes.
Dans un premier temps, Johannes et Philippe déposent un brevet portant sur une attelle d’épaule. Puis l’idée évolue vers un coussin innovant, capable de s’adapter à toutes les morphologies et positions de sommeil. L’objectif : soutenir naturellement le bras, sans créer de pression supplémentaire, avec un produit suffisamment léger pour se faire oublier pendant la nuit.
De mon côté, avec notre partenaire industriel Subrenat, nous avons relevé le défi technique. Élasticité des enveloppes, taille et densité des billes, respirabilité des tissus : chaque paramètre a été testé et optimisé à travers de nombreux prototypes afin d’aboutir à la solution la plus efficace possible.
Aujourd’hui, cet outil a fait ses preuves avec plus de 17 000 entreprises utilisatrices. Il permet de s’évaluer autour de 3 grands piliers : la limitation des externalités négatives, le partage du pouvoir et de la valeur, et la stratégie à impact positif.
Votre solution s’appuie sur des technologies brevetées et sur l’expertise d’un conseil scientifique de renommée internationale. En quoi l’innovation et la science sont-elles au cœur du développement de Shooldy ?
À première vue, Shooldy peut ressembler à un simple coussin. Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache une véritable innovation. Lorsque nous avons sollicité l’INPI de Lille ainsi que le cabinet RVDB, spécialisé en propriété industrielle, leurs experts ont rapidement identifié la complexité technique de notre solution et nous ont encouragés à déposer un brevet en juin 2024. Celui-ci fait aujourd’hui l’objet d’une extension à l’international.
Cette reconnaissance a été renforcée par l’obtention du label Deeptech de Bpifrance, qui distingue les innovations de rupture à fort potentiel.
Si Shooldy est né de l’observation du terrain et de l’écoute des patients, son développement s’appuie également sur un conseil scientifique composé de professionnels de santé reconnus mondialement pour leur expertise dans le domaine de l’épaule.
L’enjeu aujourd’hui est de démontrer scientifiquement les bénéfices constatés par les utilisateurs. L’écoute du patient reste essentielle, mais la recherche doit permettre de mesurer et de valider objectivement l’efficacité de la solution. Souvent, l’innovation naît dans les laboratoires avant d’arriver jusqu’au patient. Dans notre cas, la démarche est inverse : l’idée est née des besoins exprimés par les patients avant de remonter vers la science pour être validée.
Shooldy est une innovation conçue et fabriquée en Hauts-de-France. Quels rôles ont joué les acteurs régionaux de l’innovation et de la santé dans l’accélération de votre projet ?
L’écosystème régional a joué un rôle déterminant dans le développement de Shooldy. Après avoir identifié notre partenaire textile, nous avons intégré l’incubateur Eurasanté en octobre 2024, à travers ses dispositifs Eurasénior et Vivalley.
Cet accompagnement nous apporte à la fois un regard extérieur, une prise de recul stratégique et un accès à un réseau d’experts particulièrement précieux.
Nous avons également bénéficié du soutien de Bpifrance à travers la Bourse French Tech Émergence, d’un montant de 90 000 euros. Cette aide nous permet de financer nos travaux de recherche et développement, ainsi que les démarches juridiques liées à la protection et à l’extension internationale de nos brevets.
Par ailleurs, des acteurs comme French Tech Lille, la French Care, HDFID et la Région Hauts-de-France contribuent activement à la visibilité et à la structuration de notre projet. Enfin, la CCI International Hauts-de-France nous accompagne dans notre ouverture vers l’international et les premières retombées concrètes de ce travail devraient se matérialiser dès 2027.
Vous avez fait le choix de vous appuyer sur le savoir-faire textile régional et sur une démarche responsable. Pourquoi cet ancrage local est-il important pour Shooldy ?
La mission de Shooldy est d’améliorer la qualité de vie des quatre millions de Français qui souffrent de douleurs à l’épaule associées à des troubles du sommeil. C’est pourquoi nous revendiquons pleinement notre statut d’entreprise à impact.
Notre ancrage local est au cœur de notre projet et reflète quatre engagements fondamentaux : l’humain, l’écoresponsabilité, la proximité et la qualité. Les Hauts-de-France disposent d’un savoir-faire textile historique que nous avons souhaité valoriser dès le lancement du projet.
Nous collaborons ainsi avec plusieurs partenaires régionaux, notamment Subrenat à Mouvaux pour la fabrication, l’ESAT Schaffner à Lens pour certaines opérations de conditionnement et Emballeo à Bailleul pour les emballages. Ce choix nous permet de soutenir l’économie locale, de réduire les transports et donc notre empreinte carbone, tout en garantissant un niveau d’exigence élevé sur la qualité de nos produits.
Nous sommes fiers de proposer une innovation conçue et fabriquée en Hauts-de-France, qui associe tradition industrielle, inclusion sociale et responsabilité environnementale.
quelles sont les prochaines étapes de développement pour Shooldy et quels défis souhaitez-vous relever dans les années à venir ?
Deux grands défis se dessinent pour les prochaines années.
Le premier concerne le produit lui-même. Nous souhaitons lancer des études indépendantes pilotées par notre conseil scientifique afin de mesurer, valider et continuer à améliorer les bénéfices de Shooldy.
Nous préparons également le lancement d’une version spécifiquement conçue pour les sportifs dont les épaules sont fortement sollicitées, notamment dans des disciplines comme la natation, le tennis ou le handball, afin d’optimiser leur récupération.
Le second défi est commercial. Shooldy est aujourd’hui pionnier sur un marché dont les besoins sont clairement identifiés par la communauté scientifique et les professionnels de santé. Cette position constitue un avantage, mais elle implique également une responsabilité importante : faire connaître cette solution au plus grand nombre.
Notre objectif est de convaincre les personnes concernées qu’une réponse existe, qu’elle est simple, accessible et qu’elles n’ont plus à subir leurs nuits perturbées en silence.
Être les premiers sur ce marché est une formidable opportunité, mais c’est aussi la responsabilité d’ouvrir la voie et de faire évoluer les usages.