Située au MIN de Lomme, cœur logistique du frais en Hauts-de-France, la startup Pleurette mise sur l’innovation. Son activité est basée sur la valorisation des résidus urbains (marc de café, drêches de brasserie, …) en délicieux champignons bio cultivés dans des containers maritimes totalement automatisés. Fin 2017, Pleurette a été lauréate du concours européen d’innovation Agri-Agro Food, le Katana Project. Jürgen ENGERISSER, cofondateur, nous explique l’intérêt d’innover et de participer à ce type d’actions, même si cela peut faire peur lorsqu’on est une startup locale…

En 2017, vous avez participé au concours européen d’innovation Katana Project. Comment avez-vous pris connaissance de cet appel à projets ?

J’ai toujours été intéressé par l’innovation et le développement durable. Avec Gabrielle Radoux, cofondatrice de Pleurette, nous avons pris contact avec des universités et des centres de recherche dont l’ISA Lille, qui a relayé cet appel à projets européen auprès de son réseau.

Ayant reçu l’information, nous avons commencé nos démarches, en analysant dans un premier temps l’investissement nécessaire pour candidater, à savoir : la charge de travail pour le montage du dossier, l’identification des étapes clés de sélection et l’évaluation de nos chances d’être sélectionnés. Notre motivation a porté sur le mode de sélection des dossiers, assez ludique. Chaque entreprise devait réaliser une vidéo de présentation, en expliquant notamment sa vision, les besoins auxquels il elle répond et le caractère innovant de l’approche et du service ou du produit proposé.

En parallèle, Pleurette a réalisé une campagne de crowdfunding sur la plateforme Katana, qui a permis de faire connaître et de soutenir le projet. Sur 650 candidatures, provenant de toute l’Europe, 100 projets ont été pré-sélectionnés à l’aide d’un vote peer-to-peer, et 10 lauréats Innovation ont été nominés, les 10 consortiums les plus performants dans leur campagne de crowdfunding, dont notre Pleurette !

Pourquoi avoir participé à ce concours ? A quel moment avez-vous été intéressé par cet appel à projets européen ?

Il était important pour nous de trouver des financements pour développer l’innovation.

Nous avons commencé par valoriser le marc de café en substrat à champignons. Et le premier produit Pleurette est né, à savoir le kit de culture de pleurotes à domicile ! Nous avons voulu aller plus loin en valorisant d’autres résidus : les drêches de brasserie (résidus des brassins de bière). C’est donc grâce à l’appel à projets Katana Project que nous pourrons financer de la recherche et développement ainsi que le matériel nécessaire pour préparer du substrat à base de drêches de brasserie selon un bio-process innovant. Ils seront ensuite testés dans nos containers complètement recyclés pour la culture, qui permettent la pousse de champignons. L’objectif est d’installer le process de recyclage en container maritime lui aussi. Notre ambition est de permettre à toutes les brasseries européennes, voire internationales, de produire des champignons à partir de leurs résidus brassicoles, grâce à des containers automatisés que nous pouvons leur mettre à disposition.

Ce projet a été rendu possible grâce au partenariat mis en place avec les 3 Brasseurs. Nous favorisons ainsi l’économie circulaire : à partir du produit phare des brasseries, la bière, nous leur donnons la possibilité de faire pousser des champignons, pour les proposer ensuite dans les assiettes de leurs clients !

Souvent les entreprises n’osent pas participer à des appels à des projets, par méconnaissance ou par peur de la charge administrative, de la lenteur des procédures… Concrètement, comment cela s’est-il passé pour vous ?

Pour une jeune startup qui démarre, il faut travailler selon ses critères et ses possibilités, notamment sur le niveau de subventions accordé ! Beaucoup de centres de recherche et de PME ont concouru à l’appel à projets Katana Project. En tant que startupers, nous avons d’abord évalué les critères d’efficacité requis en interne avant de s’investir, à savoir :

  • La charge administrative nécessaire pour remplir le dossier de la Commission européenne.
  • L’évaluation des chances de réussite. Certains appels à projets H2020 ont des taux à 8% de chance d’être sélectionnés comme lauréats.
  • Le niveau de prise en charge (taux de subvention) et le timing de libération des fonds de subventionnement.
  • Le planning financier interne en cas de préfinancement sur fonds propres.
  • Le temps passé au suivi de l’appel à projets.
  • Le rôle de Pleurette dans la constitution du Consortium : Pleurette étant Chef de file, cela nécessite de nombreuses interactions avec les partenaires impliqués dans le projet (ici limité à 2 membres).
  • C’est moi qui ai rédigé le dossier de candidature. Mais il est important de se faire conseiller par des personnes ayant déjà participé à ce type de concours. Il ne faut pas hésiter non plus à se faire relire par les autres membres du consortium !

Quels retours d’expérience pouvez-vous nous donner sur votre participation à Katana Project ? Quelles ont été les étapes clés ? Les bénéfices et les difficultés de cette expérience ?

Une grande difficulté est à prendre en compte : savoir mobiliser les bonnes ressources en interne et/ou en externe. Il est important de bien mettre l’adéquation entre le temps et les moyens nécessaires au montage du dossier car il y a beaucoup de temps et d’investissement à y consacrer. En cas de succès, en fonction du planning de libération des fonds et des ressources nécessaires au suivi, cette démarche peut en valoir la peine !

Quant aux bénéfices, ils sont nombreux, notamment au niveau de la mise en réseau. Le concours Katana Project nous a permis d’être en lien direct avec des professionnels internationaux aux profils variés, aussi bien des entreprises que des centres de recherche… Ce qui nous a permis d’accéder à de nouveaux potentiels marchés et à des fonds internationaux. Nous avons pu participer par exemple à des forums à l’international où sont présents de nombreux investisseurs. Concrètement, nous sommes actuellement en lien avec un expert allemand en commercialisation, qui nous aidera à se faire une place sur le marché allemand !

Dans ce cadre, avez-vous été soutenu par l’incubateur Euralimentaire  ou une autre structure régionale ? Si oui, comment ? Quelles ont été les actions de soutien ?

Pleurette a bénéficié de nombreuses aides régionales, qui ont été importantes pour le développement de la startup. Nord Actif a garanti le crédit bancaire. Nous avons également eu le soutien de BPI France et de l’agence Hauts-de-France Innovation Développement. Six nouveaux produits ont été mis en place grâce à ces soutiens.

Nous avons été incubés au sein d’Euralimentaire, qui nous a permis d’avoir accès à des bureaux et des experts régionaux. La Métropole Européenne de Lille et le Conseil régional Hauts-de-France nous ont également aidés. Nous avons été parrainés par 2 entrepreneurs du Réseau Entreprendre Nord. Enfin, des prêts d’honneur d’Initiative Métropole Sud et Initiative France nous ont été accordés.

Grâce au soutien financier dont vous avez pu bénéficier, quels sont vos projets pour 2018 et les années à venir ? Avez-vous des perspectives de développement (nouveaux produits, nouvelles embauches…) ?

La région Hauts-de-France et l’Europe nous ont aidés pour continuer à innover. Grâce à cela, nous allons commercialiser en septembre 2018 des produits à valeur ajoutée, notamment 2 produits phares « anti-gaspillage », pour lesquels nous sommes en recherche d’investisseurs pour leur commercialisation :

  • La sauce façon bolognaise 100% végétale (hachis végétal qui imite la texture de la viande) issue des pieds de pleurotes, qui sont sources de protéines.
  • Les délices apéritifs tartinables issus également des pieds de champignons, qui ne peuvent pas être commercialisés. Nous avons fait goûter ces tartinades auprès de 400 personnes de plusieurs pays d’Europe. Et les retours sont tous très positifs.

 

Début juillet, Pleurette a été élue lauréate lors de la remise des Trophées de l’Économie Responsable du Réseau Alliances parmi 50 candidats et les 14 élus triés sur le volet. Avec ses délicieux produits naturels, innovants et issus d’une démarche locale circulaire, la startup compte bien séduire les consommateurs régionaux et internationaux. Une belle aventure que l’on suivra dans les prochains mois !

 

Pour en savoir plus : https://pleurette.fr

 

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